Le grand tour du Lac d'Annecy, j'en rêve depuis que j'y vais... c'est à dire depuis que je fais du parapente... c'est dire...!

Alors, on est sur place depuis à peine quelques jours, le temps est disons... changeant, et les plafonds variables... j'ai déjà marre de ces tours du petit Lac à répétition... quand s'annonce un changement : plafs à 2500m et léger nord pour le lendemain...!

Aussitôt, je me mets à y penser... sans trop y croire, comme tant d'autres fois où j'ai été déçu.

Au déco de Montmin ce jour-là, avec mon compère habituel Alain Josserand et mon fils Jean-François, on constate rapidement les effets de l'instabilité annoncée, et hop, sortis de la grappe en quelques minutes, nous voilà en train d'enchaîner sur le rocher du Roux.
Le temps de montrer la voie au milieu à JF jusqu'à 1900m -assez rare, je transite à son extrémité et hop 2100m, confortable transition sur le Lanfonnet... rapide aujourd'hui, pour une fois, je suis devant...

Raccroc pas dégeu en haut des gencives du Lanfon, je vois 1 mec devant ne rien trouver au relief et même se faire un peu "brasser" sous le pilier Nord -rare aussi, et je décide de chercher en avant du caillou.
Bingo ! le pétard me cueille 150m en avant et décale bien, je me retrouve rapidement en train de dériver au-dessus du pilier sud... Nuage à 2200m... ça c'est le Annecy que j'aime...!
Mais je crains un peu la suite au Lanfon, vu que ces jours-ci, personne n'y va ou alors pour se faire -j'ai testé aussi !, descendre méchamment...

Mais là, en Nord léger c'est meilleur, et de toute façon, on va y arriver quasiment par le haut du pilier sud, enfin, pour certains... je me ferais un peu ballotter car j'ai trop attendu des nouvelles de JF, parti se poser par ces superbes conditions !

Le temps que je me ressaisisse et Alain m'a déjà mis une valise... le voilà déjà parti vers le Veyrier bien plus haut que moi... Il fera un chemin plus direct et de plus enroulera en route... Il arrivera confortablement par dessus...
Moi, le sachant plus rapide, je suis -une fois de plus- trop pressé et me retrouve obligé, malgré un petit progrès au-dessus de Menthon, de faire le tour du pilier sud du Mont Baron, où, évidemment, je me fais brasser...

On est deux, et je sors le premier par un ténu qui devient teigneux sitôt passé la crête, décidément, je n'aime pas ce Mont Baron, ni le Veyrier qui suit d'ailleurs et ce n'est pas aujourd'hui que je changerais d'avis... Faut dire que ça doit être de ma faute aussi, je pense qu'il faut y arriver par le dessus pour être plus "confortable".
Car le thermique suivant dans le col, je le connais bien... velu, étroit, atomique... fidèle à son habitude... au-dessus de 2400m, je le perds -grand moment bien gazeux, la Simba se retrouve en apesanteur toute molle... que j'aime ces moments-là...

Je vois Alain partir -de très haut- en trace directe sur le Semnoz, avec la vitesse d'un avion, tiens on dirait que le nord rentre un peu quand même...

Je me décale à l'ouest du Veyrier, en retrouve un costaud qui me décale au-dessus et au nord du col... plaf à 2700m... et alors là, commence la sarabande : je me fais taper sévère et contrer de tous les côtés... je ne sais plus où aller.
J'appelle Alain à la rescousse, qui me conseille de traverser tout de suite. Inquiet de mon altitude, je prend une option moyenne entre survoler Annecy et la sienne : je traverse à environ 1,5 km au sud de la plage.

Le paysage est absolument ma-gni-fi-que, et rien que ça vaut l'effort... quel panoramique sur la ville d'Annecy , la vielle ville et ses toits rose au soleil, on distingue parfaitement tous les quartiers et les monuments... moment fa-bu-leux !

J'arrive sans problème particulier de l'autre côté, si ce n'est que mon altitude a fondu comme neige au soleil : 1300m, 1200m, 1100m et ça ne raccroche pas... je commence à repérer les vaches possibles, cool y en a pas mal... je resterai en finesse au cas où...
Je tente de calculer comment je dois raccrocher, quel relief, etc. quand tout à coup, le vario ralentit son cri aigu, et reprend même carrément son bip-bip ascendant... pas eu trop le temps d'avoir peur... Je me dis rétrospectivement, que ceux qui ont ramé bas pour raccrocher au Semnoz vont rigoler -jaune- en lisant ces lignes... ;-)

Je vois avec plaisir la vieille ville au soleil rapetisser rapidement : j'ai raccroché à 1100m environ et un bon taux de montée m'amène rapidement à 2400m, où une Jumbe me rejoint, en trace directe depuis le Veyrier... y a pas à dire, ça fume grave aujourd'hui...!
Il enroule quelques tours jusqu'à 2700m et se jette sur le Semnoz sans autre forme de procès...

Je décide de faire le plafond, d'autant que je crois deviner une barbule en train de se former au-dessus de moi... Plafond à 3100m... 2000m de gain dans le même thermique, c'est pas si fréquent !
Puis feu pour moi aussi, je me dis que cette remontée du Semnoz va être une formalité... et ce fut le cas.

Tout de même, je serais toujours étonné de la vitesse où on perd notre gain en transition -10km tout de même !, malgré des voiles toujours plus perf...
J'arrive en visu du sommet vers 1200m, plus bas la Jumbe a du mal et se rapproche du déco à droite du Semnoz après la ligne... Moi, je trouve un thermique au-dessus de la ligne HT, et je comprend enfin le message radio d'Alain... ma radio étant sur la fin des batteries.
Mais il me remonte de à peine 100m, et je me trouve un peu juste pour tenter de raccrocher le Roc des Boeufs. Ne trouvant rien de mieux, et comme j'ai failli y aller en arrivant, je me jette dessus tant qu'il est encore -j'espère !, temps...
Alain à ce moment revient du sommet, et je le vois enrouler bien plus haut et décalé vers le milieu du Roc, et m'encourage... ce sera son dernier message, ma batterie m'abandonne définitivement.

Je raccroche un peu juste à la 1ere ligne et préfère assurer en décalant en dessous (à gauche). Cinq minutes pour me remettre dans la nouvelle ambiance, et j'attaque la remontée -connue- du Roc des Boeufs... Paradoxalement, il est pas facile le Roc aujourd'hui... et je suis la crête sans pouvoir faire beaucoup mieux, accompagné par la Jumbe qui m'a rejoint et qui semble voler plus zen que moi dans ces thermiques faibles à cause du voile...
Sommet, au mieux 100m au-dessus et retour... je reperds presque tout, aussi, je transite rapidos sur le col de la Forclaz... la Jumbe part de plus haut et plus loin.

Arrivée un poil bas à la Forclaz, mais ça reprend facile dos au relief, un petit tour au déco histoire de boucler, et hop, direction l'atterro de Doussard, car je suis un peu fatigué et surtout sans radio...

Un vol magnifique, dont je rêvais depuis longtemps, réalisé dans des bonnes conditions, je regretterais toujours d'avoir oublié l'appareil photo numérique...


Dominique RIERA

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