J’enchaine ma troisième saison en cross de plaine ; une passion qui me procure beaucoup de plaisir mais des frustrations également.

Comme beaucoup de crosseurs, mon objectif est de faire des grands vols, aller le plus loin possible, et pour ma part, voler le plus longtemps possible même si ce doit être lentement. Je trouve magique de pouvoir rester des heures en l’air sans moteur et sans bruit (ou presque car il y a le bruit du vario). Je suis toujours émerveillée.

Le 3 Mai 2018

La veille, dans ma rapide analyse météo, une bonne masse d’air suite au passage d’un front, je vois une journée à 100 kilomètres, et comme d’habitude, j’ai très envie de voler, je finis tard le travail et je pose ma journée à la dernière minute, je vois avec Leo pour aller voler soit à Chamery ou sinon en Normandie.

La Normandie ce jour là, avec les zones aériennes actives, c'était compliqué.

Léo est un très bon ami,  je le connais depuis quelques années, comme je vais souvent à Clécy et qu’il  travaille là bas on a eu l'occasion de voler plusieurs fois ensemble. Il est souvent disponible en même temps que moi et surtout très motivé pour faire du vol de groupe.

Le matin même, nous nous décidons pour Chamery, même si ce n’est pas très raisonnable, car je dois travailler le lendemain.

Ce jour-là, je ne regarde pas vraiment la météo comme je le fais d'habitude. Je jette tout de même un oeil rapidement sur la carte des prévisions de top météo et sur météo parapente je regarde le vent et l'émagramme. Je savais que quelques amis allaient sur ce site, que je ne connaissais pas, et je me suis dit que c’était l’occasion de le découvrir.

Nous arrivons sur le site, et c'était optimal pour décoller. Je ne me précipite pas, nous sommes les premiers sur place.

Les bons pilotes arrivent et décollent pendant que nous nous préparons. Nous avions comme objectif de voler ensemble, faire un vol de groupe ; je travaille cela depuis un moment.

Tout a commencé avec mon coach (José Anselmo) qui m'a donné le goût du vol de groupe, suite à plusieurs vols que nous avons partagés. C’est beaucoup plus amusant de voler avec des amis pendant des heures que de voler seule.

Ma plus grande source d’inspiration dans cette activité, ce sont mes 3 amis brésiliens qui ont battu le record du monde ensemble . C’est déjà extraordinaire de battre un record du monde, mais je suis convaincue que c’est encore mieux avec de bons amis.

Je suis persuadée que nous pouvons aller encore plus loin ensemble. Heureusement que j’ai de bons amis, avec la même vision de l’activité et avec qui je peux partager de beaux vols.

Je sais que c'est difficile, encore plus en plaine. Il faut une réelle volonté, savoir s'attendre. Il faut laisser un peu son ambition personnelle de côté, il faut connaître l’autre et rester proche, mais tout cela se travaille.

Nous sommes au décollage en train de nous préparer. Léo me met un peu la pression car le vent commençait à se renforcer, les conditions étaient déjà bien installées.

Je décolle et Léo juste après moi. Je trouve vite le thermique de sortie. Je monte tranquillement devant et en face de moi, une belle rue de nuages. J'arrête d'enrouler et je laisse le beau nuage travailler seul. Je suis la rue et je profite de ce moment pendant que Léo monte.

En radio, il me dit de revenir car je partais devant sans regarder les autres pilotes derrière moi qui montaient tous en pleine vitesse. Il était déjà pas loin du plafond, je le rejoins, nous sommes un bon groupe à sortir, peut être une dizaine.

J’étais bien placée. Je reste assez haut et nous avançons tranquillement sans difficulté particulière. Nous assurons les plafonds et nous avançons toujours ensemble. Petit à petit, quelques voiles posent sur la route, mais au km 100 nous sommes encore 5. Que du bonheur jusque-là.

Un voile nuageux arrive et commence à bien calmer les ascendances et d’un coup, nous sommes tous “en mode survie” ; c'est à ce moment-là que j’aperçois la force du groupe ; Nous nous battons ensemble, les thermiques sont très faibles et nous n’arrivons plus à monter au plafond. Ce fut très long. Nous avons du mal à rebondir, et sincèrement, je ne pense pas pouvoir m’en sortir seule.

Nous sommes tous à balayer le terrain, c’est beaucoup plus simple avec 5 voiles. Doucement, les conditions commencent à s'améliorer et avec beaucoup de travail nous arrivons à monter.

Je fais une fuite en avant pour ne pas rentrer dans un nuage, puis je m’aperçois que je suis seule avec Léo ; une voile est en train de partir à gauche. Je ne vois plus les autres.

Nous partons alors dans le lit du vent et, suite à un moment d’inattention de ma part, je ne prends pas le même thermique que Léo, lui monte super vite, et moi, rien.

Je me trouve bas et lui est très haut, on doit être au km 150. Je suis de nouveau “en mode survie”. Heureusement, c'est une configuration que je commence à bien connaître grâce à notre belle plaine normande.

Je trouve un thermique que j'enroule un peu, il s'arrête avec le vent et je suis obligée de partir à la dérive pendant que Léo avance tranquillement au plafond ; pour lui tout va bien.

Vu mon altitude, je fais maintenant mon cheminement par rapport au sol pour trouver le thermique, moins en regardant le ciel ; je cherche les villages, les forêts, etc. Il était déjà tard dans la journée. J'arrive finalement à remonter et rejoindre Leo.

Je regarde l'heure et mon GPS indiquait “km 180”, je dis à Léo en radio que ça va être compliqué pour rentrer au Havre ce soir.

Nous étions d'accord sur le fait que les 200 km étaient jouables, nous nous sommes concentrés car la fin de la journée arrivait. A ce moment-là, j'avoue que je suivais chaque km sur mon GPS. Une grosse euphorie s’annonçait pour la fin de la journée !

Nous étions bas, km 198, la Loire en face, parfait pour finir en beauté avec une glissade finale. Nous avions juste l’altitude suffisante pour pouvoir profiter, voir le GPS marquer 200 kms et arriver sur un beau champ au bord de la Loire. Quel Bonheur !

Un vol magique. Merci à Léo et à tout le groupe qui m'a aidée à aller plus loin.

#ensembleonvaplusloin.

Épilogue :

Pour la récup nous avons eu de la chance ; Nous avons fait du stop jusqu’à la gare la plus proche, il n’y avait plus de train pour aller à Paris à cause de la grève. On réessaie le stop, et en quelques minutes un monsieur s'arrête, il allait à Paris Orly ! Sur la route j'appelle Régis (un ami parapentiste qui habite pas très loin de l'aéroport). Il vient nous chercher et nous propose de dormir chez lui. Le lendemain Léo prends le train pour aller à Reims chercher sa voiture et moi le train pour rentrer au Havre travailler. La journée de travail fut difficile, j’avais un peu du mal à revenir sur terre...

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